Nouvelles_d'ailleurs

Nouvelles_d'ailleurs

08 mars 2008

En manque...


A cette heure tardive où tout le monde rentre, il est sorti de chez lui.

A quel rendez-vous est-il si pressé de se rendre, lui qui, misanthrope, se terre chaque jour davantage dans une solitude d'où personne, et encore moins ses amis d'autrefois, ne cherche plus à le faire sortir?

Il se presse, fébrile, remonte à contre- sens le fleuve humain, bousculant ça et là quelques piétons distraits, esquissant un "pardon" que personne n'écoute.
Les assauts de son coeur ébranlent sa poitrine. Il se demande s'il n'est pas trop tard, s'il pourra arriver à temps....
Ses pensées, tout comme son ombre allongée que décline sur l'asphalte encore tiède la lumière des réverbères jaunes, devance un peu ses pas...

Enfin, la foule s'éparpille comme son coeur s'emballe... Il est comme un junky, en manque, en attente de sa dose, électrique...

Plus que cinquante mètres... juste au bout de la rue...
Il se sent étranger et presque vulnérable sur ce trottoir étroit désormais déserté par les hommes.

A-t-il encore le temps ?

Quelque part, il entend déjà grincer le lourd rideau de fer qu'un commerçant referme.
Une cloche enrouée tousse les dix-neuf heures...

Des yeux, il cherche la lumière...

Il la voit
Elle est là...
Comme si elle l'attendait.

...

Il est entré...

En quelques secondes, le parfum de l'encre et du papier pénètre ses narines. Il se sent chez lui, apaisé.
C'est tout juste s'il salue d'un mouvement de tête l'homme qui, près de la caisse, s'apprêtait à fermer sa boutique.
Il ne regarde plus que devant lui, dans les rayonnages de bois, ces jaquettes et ces couvertures alignées qu'il connait déjà toutes par coeur.
Des doigts il les effleure, cherchant du regard celle qu'il n'a pas encore.
Ici le rêve... plus loin le fantastique...
Il attend et espère cette étrange sensation qui accompagne la découverte du nouveau roman d'un écrivain qu'il aime.

Soudain, il retire un livre de son rayon, en caresse la tranche et cette couverture mate aux couleurs délavées, l'entrouvre... Il ne peut s'empêcher d'approcher son visage, d'en respirer le parfum qui dort au creux des pages... Des pages un peu jaunies, juste comme il les aime et dont l'oxydation adoucit le dessin noir des lettres... Ces lettres, il les aime petites, comme s'il avait besoin d'aller, lui, vers les mots et non qu'eux viennent à lui.

Entre les pages, le rêve...

aSur la quatrième de couverture, l'esquisse de ce rêve... une promesse... et déjà il plonge.
Il l'a choisi comme une femme aimée qui partagera sa solitude et l'accompagnera un moment dans sa vie.

... et lorsqu'il reprend le chemin du retour, le livre serré contre lui, sous la lune ronde immobile, on dirait enfin qu'il sourit.

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Posté par orbient6666 à 08:24 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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