Nouvelles_d'ailleurs

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09 mars 2008

Le palais des délices

Les parfums diffusés dans l' air l' ont poussée jusqu' à la devanture de cette boulangerie qui vient jusque dans l' intimité de ses nuits la tarauder elle qui se croit si ronde alors qu' elle n' a jamais été aussi frêle. De ses rêves elle ne conserve que les couleurs et les formes, et le reste, elle doit le chercher dans cette galerie où disquaires, vendeurs de fanfreluches et autres commerçants se côtoient à travers une multitudes de vitrines derrière lesquelles les apparences sont parfois trompeuses et qui cachent malgré un décor chaleureux, un désir profond de toujours vendre plus.

Son nez profilé comme celui d' une professionnelle en parfumerie, elle se laisse porter par les odeurs chaudes du pain qui sort tout juste du four traditionnel, comme une trace invisible flottant dans l' air. Elle n' est pas la première à s' être présentée ce matin. Une longue file, de celles qui voient des centaines de fans attendre leur idole devant une salle de concert, ils sont tous là à attendre que la lourde grille d' acier se mette à grincer et vienne à disparaître au dessus de leur tête. Comme tous ceux qui comme elle attendent de pouvoir poser le regard sur les étals du boulanger, elle trépigne d' impatience, sautillant d' un pied sur l' autre comme prise d' une folle envie d' aller soulager sa vessie. Certains la jaugeant d' un regard étonné, les autres bien trop absorbés dans l' attente de voir enfin s' ouvrir les portes du "palais des délices" s' assurant ainsi de ne pas se faire prendre leur place par un petit malin trop pressé et plus gourmand encore qu' ils ne le sont eux-mêmes.

Lorsque la boulangerie ouvre enfin ses portes, chacun se presse contre celui qui le précède, comme si le moindre espace entre eux pouvait profiter à une tierce personne qui trouverait là le moyen de gagner une place dans la file d' attente. Notre jeune femme que le miroir de sa salle de bain pousse à se voir toujours trop arrondie à son goût ne fera pas demi-tour aujourd'hui. Elle ira jusqu' au bout, sans reculer, tentera sa gourmandise en regardant avec insistance ce qu' elle n' ose lorgner jusqu' à l' obsession que dans ses rêves. Les quelques centaines de mètres qui la séparent du bien être de son appartement et de ce lieu qu' elle pense être celui de débauches culinaires, elle l' a passé à s' assurer qu' elle avait bien sur elle ce petit porte monnaie plein de pièces, véritables sésame lui ouvrant les portes du palais.

Ils sont une quinzaine à la précéder. Quinze, c' est quinze de trop. Son estomac n' y tient plus. Se pourrait-il qu' elle puisse passer avant tous le monde elle qui eu le courage pendant tant de temps de faire demi-tour et de ne pas céder à la tentation ? La comprendraient-ils ces individus dont elle ne connaît pas même les noms si jamais elle se lançait dans une diatribe afin d' avoir la faveur d' être la première à être servie ?

Et pourtant, elle est de ceux qui pourront dans l' attente de leur tour, profiter du régal multiforme et multicolore des mets entreposés derrière les rayonnages sans se sentir pressés par les souffles impatients de ceux qui attendent...à l' arrière.

Elle peut enfin retrouver ces rêves qu' elle a partiellement effacés de sa mémoire, mêlant enfin aux couleurs et aux formes, le reste, ce que son corps et son esprit lui refusaient jusqu' à maintenant et que sa mémoire imprimera pour le restant de sa vie.

L.

Posté par orbient6666 à 00:13 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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