Nouvelles_d'ailleurs

Nouvelles_d'ailleurs

06 juillet 2008

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Toute la journée je n' avais cessé de penser à ma première rencontre avec elle. Allongé sur le sofa, les petites créatures sombres avaient disparues pour laisser la place au visage d' Anna. Elle souriait de ses dents blanches et parfaitement ordonnées. Ses jambes étaient bien trop longues pour tenir sur toute la longueur du plafond. Elle avait au coin de l' oeil droit, juste entre la paupière supérieure et le sourcil, un minuscule grain de beauté, très sombre et joliment dessiné. Une charmante fossette se dessinait profondément à chaque extrémité de ses levres et lui donnait des airs de petite fille timide. Elle possédait également une légère ride entre les yeux qui s' effaçait dès qu' aucune expression ne se dessinait sur son visage. Comment ai-je pu retenir tant de chose sur son apparence alors que je ne l' avais vue que l' espace d' un instant ? Tout ce que je savais jusqu' alors, c' était qu' elle vivait juste au dessus. Je la soupçonnais, à raison puisqu' elle me le confirma plus tard, d' être professeur de musique car très souvent de jeunes enfants et même parfois quelques adultes montaient jusque chez elle avant que ne débute une irritante leçon de piano aux notes désincarnées. Je la plaignais, la pauvre, de devoir subir de telles séances de torture. Plus tard je compris qu' elle était heureuse de pouvoir inculquer aux autres ce qu' elle avait mis tant d' années à apprendre et ce, même au prix de souffrances auditives parfois cruelles. Car malgré son grand professionnalisme, Anna ne parvenait pas toujours à faire d' un de ses élèves un pianiste accompli. Lorsque plus tard, bien après que l' on ai fait véritablement connaissance elle et moi, elle accepta que je participe en silence aux cours qu' elle donnait à ses élèves, je fut le témoin de situation parfois gênantes. Lorsqu' elle était obligée d' avouer aux parents d' un élève qu' il avait autant de talent qu' une roue carrée en a pour monter une cote, tous montaient sur leurs grands chevaux et finissaient par partir en claquant la porte de la pièce qu' Anna avait réservée à ses cours. On pouvait lire sur le visage de certains des enfants de ceux-ci un soulagement quand d' autres pleuraient à chaudes larmes. C' est en lui faisant part de mon étonnement qu' elle m' expliqua que très souvent le choix venait des parents et non pas de leur enfant qui n' avait d' autre solution que d' accepter de suivre les cours sans broncher. Alors quand Anna leur annonçait qu' il valait mieux lui choisir une autre passion, l' enfant était tout sourire. C' est durant ces moments pénibles pour Anna que je réapprenais à sourire, accompagnant l' élève dans sa joie. Elle me surprenais souvent lors des complicités qui naissaient alors entre l' enfant et moi et souriait à son tour. Elle m' avait appris que dans la majeure partie des cas, les enfants ne s' en sortaient pas davantage, leur parents leur trouvant une nouvelle "passion". Cela ne me choquais pas vraiment. Avec l' enfance que j' avais eue je ne comprenais pas pourquoi certains enfants pleuraient lorsque Anna annonçait à leurs parents qu' ils n' étaient pas faits pour le piano. J' avais le sentiment que beaucoup n' avaient pas conscience des drames que certains pouvaient vivre autour d' eux.

Posté par orbient6666 à 12:23 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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